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Canons de Dordrecht (Suite)

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Note du rédacteur

pour faciliter la compréhension
DES CINQ ARTICLES DE DOCTRINE

D'aucuns regretteront l'initiative de publier Les cinq Articles ou Canons du Synode de Dordrecht. A une époque de recherche oecuménique, n'est-il pas de mauvais goût de rééditer un document qui - nous dit-on - reflète une "position dure", contestée par nombre d'Eglises ? Serait-il donc légitime d'appeler "dures" et de rejeter les doctrines fondées sur la sainte Ecriture ?
Selon l'opinion publique, il semble inacceptable de parler d'élection, de réprobation, de prédestination.
Ces doctrines, pense-t-on, ne seraient que le fruit des spéculations de l'apôtre Paul : elles auraient rendu odieux l'Evangile de Jésus et compromis sa diffusion dans le monde... Au diable donc saint Paul !
Par quoi cette condamnation sans appel pourrait-elle se justifier ? Par des textes bibliques, qui inviteraient à une "lecture" différente mais légitime ? Il ne semble guère. Un théologien libéral aussi averti que l'était Edouard Reuss n'a pas craint d'affirmer :
Ce n'est pas avec des lambeaux de textes bibliques qu'on réfutera les Canons du Synode de Dordrecht ! Tel est le point de vue de quiconque connaît les Ecritures et veut en respecter l'autorité.
L'élection, la prédestination - ou préordination - ne sont pas une invention de l'Apôtre. Il y a plus prédestinatien que lui ! Au risque de surprendre, c'est le Christ ! Que le lecteur de ces Articles de foi en soit dûment informé, s'il souhaite comprendre leur message et sa divine profondeur, et qu'aucun texte ne puisse être contourné, omis ou oublié. Pour nous en tenir au Nouveau Testament, voici une liste de témoignages qui traitent de l'élection, sa source et ses conséquences. Plus de trente passages (une cinquantaine de versets), sont des paroles du Christ. Une cinquantaine d'autres (quatre-vint-cinq versets) sont des affirmations apostoliques. Selon l'analogie de la foi, il n'y a pas, dans le Nouveau Testament, de doctrine plus solidement établie.

TEXTES BIBLIQUES
concernant l'élection et la prédestination

I Paroles de Jésus-Christ. Mt 11 : 25-27 ; 13 : 11-15 ; 16 : 17 ; 19 : 11, 25-26 ; 22 : 14 ; 24 : 22, 31, 40-42 ; 25 : 34. Mc 4 : 11-12 ; 10 : 40; 13 : 20, 26. Lc 10 : 20, 22 ; 17 : 34-37 ; 18 : 7, 26-27. Jn 5 : 21 ; 6 : 37, 44-45, 65 ; 10 : 3, 26 : 30; 13 : 18b; 15 : 16, 19-20 ; 17 : 2, 6, 9, 11-12, 24.

II Paroles des Apôtres. Jn 1 :13; (Jean Baptiste en 3 :27); 12 :39-40, = Es 6 : 10. Ac 2 : 39; 9 : 15-16 ; 10 : 40 ; 13 : 2, 48 ; 15 : 7b ; 22 : 14 ; 26 : 16-17. Rm 1 : 6 ; 8 : 28-30, 33 ; 9 : 10-29 ; 11 : 4-7, 28-29. 1 Co 12 : 3, 18 ; 2 Co 13 : 5-6. Ga 1 : 15-16. Ep 1 : 4-14 ; 2 : 8-10 ; 3 : 11. Ph 1 : 29 ; 2 : 13. Col 1 : 12 ; 3 : 12. 1 Th 1 : 4; 5 : 9 ; 2 Th 2 : 13. 2 Tm 1 : 9; 2 : 10. Tt 1 : 1-2. Hé; 1 : 14. 1 P 1 : 1-2 ; 5 : 13 ; 2 P 1 : 10; 1 Jn 1 : 13 ; Jude 1 : 3 in fine. Ap 13 : 8 ; 17 : 8, 14 ; 20 : 15.

Nul donc ne peut lire et comprendre ces Articles, prétendre en contester la forme ou le fond, s'il ne prend d'abord connaissance des textes ici rassemblés. D'une part, la compréhension des quatre autres Articles lui sera ouverte; d'autre part, s'il conteste ou en récuse telle partie, il devra se poser la question : "Pourquoi et comment m'est-il possible de ne plus savoir ce que je viens d'apprendre, de refuser l'école du Saint-Esprit, de récuser l'autorité du Christ ?" - Ce n'est pas une bonne chose, dit Calvin, de penser ne point savoir ce que nous savons; ... car l'Ecriture est l'école du Saint-Esprit, en laquelle comme il n'y a rien d'omis qui soit salutaire et utile à connaître, ainsi il n'y a rien d'enseigné qu'il ne soit expédient de savoir (Com. 1 Co 8 :2 et Inst. III, xxi, 3). Pour conclure son exposé sur l'élection, et asseoir sa vérité, Calvin ne peut mieux faire que rapporter l'enseignement du Christ dans l'Evangile de Jean qu'il cite une douaine de fois (Inst. III, xxii, 7).
Comment, dès lors, est-il possible que des contradicteurs - Ariens, Arminiens et Remonstrants - s'opposent au Christ, ne comprennent pas son langage, en dénaturent le sens, lancent des objections irrecevables, infèrent des conclusions scandaleuses ou immorels, en arrivent à affirmer que nous croyons ce que nous ne croyons pas ? Dès l'instant où une attitude humaine, quelle qu'elle soit, s'interpose entre l'Ecriture et sa compréhension : ce peuvent être les "revendications" du sens commun, du sens moral, de la raison naturelle et de se propre logique; en un mot, toute "antériorité" ou "supériorité" sur l'Ecriture de l'homme, de la science ou de l'Eglise.
En effet, les lois qui régissent nos pensées, nos actes et nos relations entre personnes et avec Dieu sont spécifiques et font apparaître à rétablir des principes essentiels à toute "logique chrétienne". Nul ne peut comprendre l'Ecriture, les pensées et les actes de Dieu et du Christ, la puissance de l'Esprit, s'il ne s'est pas (ou n'a pas été) "dépouillé du vieil homme avec ses pratiques, et n'a pas revêtu l'homme nouveau; et si, qui pour accéder à la connaissance, il ne cesse d'être renouvelé à l'image de son Créateur." Il importe, en effet, "qu'il ne se conforme plus au monde présent, mais qu'il soit transformé par le renouvellement de son intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait" (cf.
Col 3 :9-10; Rm 12 :2, selon TOB).
Il n'y a ni compréhension, ni interprétation possibles des Ecritures sans conversion du coeur et de l'esprit, sans conscience de la grâce de Dieu dispensée par la mort du Christ, et sans certitude d'être appelé, d'être élu. Ce sont notre pardon, notre élection qui nous donnent l'humilité du coeur, de l'intelligence et de la volonté sous la seigneurie du Christ. Seule l'humilité nous permet de lire la Révélation selon l'analogie de la foi. A elle seule déjà, elle est principe de connaissance et d'interprétation : elle est docilité et non curiosité, sobriété et non subtilité, acquiescement et non témérité. Elle ne procède pas de haut en bas, mais de bas en haut; elle reçoit pour vrai ce que Dieu affirme, promet et donne. Par elle, Dieu fait don de sa paix; à qui croit en lui, il promet le repos de son âme, la liberté de sa conscience. Le croyant est héritier de Dieu, cohéritier du Christ (
Rm 8 :17). Il n'y a que l'humilité qui nous élève et fasse grands, dit Calvin (Com. Mt 18 :4).
Toute la discussion de Dordrecht a pour cause première l'impossibilité pour les Remonstrants - pour le positivisme, le scientisme, le rationalisme aujourd-hui - de concevoir chez l'homme une relation équilibrée entre liberté, contrainte et nécessité; ils lui imposent la nécessité intérieure des lois de la nature. A l'opposé, l'anthropologie biblique révèle, au coeur de l'homme, une nécessité morale et mystique de la volonté, qui n'en appelle pas à la contrainte, n'annihile pas sa liberté, mais l'affranchit de tout asservissement aux dogmes philosophiques et scientifiques, comme à l'Ecriture récuse tout déterminisme interne à notre vie consciente, de même que tout déterminisme externe ou tout prédéterminisme. C'est un postulat de notre logique chrétienne de prendre en considération les principes révélés quant à la liberté, la contrainte et la nécessité.
De quelle manière, par exemple, Dieu agit-il ? Si l'on pose la question : "Dieu est-il nécessairement bon ?" - Oui. Mais pourquoi ? Parce que sa bonté est si essentiellement jointe à sa divinité, qu'il ne lui est pas moins nécessaire d'être bon que d'être Dieu. Objectera-t-on : "Dieu ne mérite donc guère d'être loué pour sa bonté, puisqu'il se voit contraint de la garder !" - Nous répondons : "Cela vient de sa bonté qu'il ne puisse mal faire, non d'une contrainte violente. Ainsi, rien n'empêche la volonté de Dieu d'être libre, bien qu'il soit nécessaire qu'il fasse bien." Autrement dit : C'est une nécessité que Dieu fasse ce qu'il fait comme il le fait, mais il le fait avec une totale liberté, exempte de toute contrainte.
Ainsi en est-il de l'homme que Dieu a créé à son image.
Parfaits à l'origine, Adam et Eve vivaient dans une totale liberté; tout ce qu'ils faisaient était nécessairement bel et bon; leurs pensées et leurs actes étaient l'expression spontanée de leur volonté bonne; ils ne subissaient nulle contrainte. Leur agir humain était à l'image de l'agir divin. Mais quand, mésusant de leur liberté, ils sont volontairement tombés dans le péché, ni l'un ni l'autre ne pouvait plus de lui-même, par ses seules forces, faire autrement que pécher en pensées, en paroles et en actes, et suivre le mouvement tout aussi spontané de la perversité de leur entendement, la révolte de leur volonté, l'impureté de leurs affections. Dès lors, c'est de son propre vouloir que l'homme pèche nécessairement; mais il pèche librement, sans aucune contrainte. Il y prend même plaisir ! Il est donc inexcusable et en porte seul la responsabilité. Ainsi en est-il de chacun de nous.
Nous sommes au coeur de la psychologie et de la pédagogie chrétiennes, à l'école de la plus fine théologie qui nous rend attentifs au déploiement et à la réception de la grâce de Dieu, et nous enrichit d'un nouveau principe de logique : Dieu met sa science et sa toute-puissance au service de sa grâce : il restaure, préserve et cautionne notre liberté; il régénère notre coeur et notre volonté, et nous rend de plus en plus libres. Plus il agit en nous, plus le Christ nous affranchit, plus nous sommes réellement libres (
Jn 8 :36). "Le Seigneur est l'Esprit; et là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté." - "C'est Dieu qui opère en nous et la volonté et l'exécution par l'accomplissement de ses desseins d'amour." - C'est pour la liberté que le Christ nous a libérés"
(
2 Co 3 :17; Ph 2 :13; Ga 5 :1).
Nous croyons donc en un Dieu tout-puissant, capable de faire arriver librement et sans contrainte ce qu'il veut nécessairement. Sachant cela, nous pourrons saisir le sens et la porté de ces Articles, et l'impossibilité d'appliquer à l'interprétation des Ecritures les impératifs de la raison naturelle.
Croyants grâciés, nous n'avons de vertus et d'aptitude au bien que par la grâce de Dieu qui nous donne la liberté de réaliser dans nos pensées, nos paroles et nos actes, notre vraie nature en Jésus-Christ, édifiée sur une confiance certaine du coeur et la paix de notre conscience - Tout ceci est abondamment développé dans le livre de Pierre Ch. Marcel : Face à la Critique, Jésus et les Apôtres : Esquisse d'une logique chrétienne, (Genève - Paris : Labor & Fides/Kerygma, 1986), et dans : "L'humilité d'après Calvin", La Revue Réformée, No 42, 1960/2. Pierre Ch. Marcel

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