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Le Catéchisme de Heidelberg (1563) (Suite - 9)

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De la sainte cène de Jésus-Christ

Q. 75 : Comment la sainte cène te rappelle-t-elle et t'assure-t-elle que tu as part 
à l'unique sacrifice de Christ sur la croix et à tous ses biens ?

En ce que Christ m'a commandé, à moi et à tous les croyants, de manger de ce pain rompu et de boire de cette coupe en sa mémoire. Il y a également joint ses promesses (Mt 26.26ss.; Mc 14.22ss.; Lc 22.19ss.; 1 Co 10.16ss.; 11.23-25): d'une part, aussi vrai que je vois de mes yeux le pain du Seigneur être rompu pour moi et la coupe m'être donnée, aussi vrai son corps a été offert et rompu pour moi sur la croix et son sang versé pour moi. D'autre part, aussi vrai que je reçois de la main du ministre et que corporellement je mange le pain et bois la coupe du Seigneur qui me sont donnés comme signes certains du corps et du sang de Christ, aussi vrai lui-même nourrit et désaltère mon âme pour la vie éternelle par son corps crucifié et son sang répandu.

Q. 76 : Que veut dire manger le corps crucifié de Christ et boire son sang répandu ?

C'est accepter d'un coeur croyant toute la passion et la mort de Christ et recevoir ainsi la rémission des péchés et la vie éternelle (Jn 6.35, 40, 47ss., 50ss., 53ss.). C'est aussi être uni toujours plus étroitement au corps béni de Christ par le Saint-Esprit qui habite en Christ comme en nous (Jn 6.55ss.), de sorte que nous soyons chair de sa chair et os de ses os (Ep 3.16-17; 5.29ss., 32; 1 Co 6.15, 17, 19; 1 Jn 3.24; 4.13), alors même qu'il est au ciel (Ac 3.21; 1 Co 11.26) et nous sur la terre. De cette façon un seul Esprit - comme l'âme le fait pour les membres du corps - nous gouverne et nous fait vivre éternellement (Jn 14.23; 6.56-58; 15.1-6; Ep 4.15-16).

Q. 77 : Où Christ a-t-il promis aux croyants de les nourrir de son corps et de 
les désaltérer de son sang, aussi certainement qu'ils mangent de ce pain rompu et 
boivent de cette coupe ?

Dans l'institution de la cène qui dit ceci (1 Co 11.23-25; Mt 26.26-28; Mc 14.22-24; Lc 22.19ss.): "Le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et, après avoir rendu grâces, le rompit et dit: Ceci est mon corps, qui est pour vous; faites ceci en mémoire de moi". Il fit de même pour la coupe, après le repas, en disant: "Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous en boirez. Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne". Et cette promesse est aussi répétée par saint Paul quand il dit (1 Co 10.16ss.): "La coupe de bénédiction que nous bénissons n'est-elle pas la communion au sang du Christ? Le pain que nous rompons n'est-il pas la communion au corps du Christ? Puisqu'il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps; car nous participons tous à un même pain".

Q. 78 : Le pain et le vin deviennent-ils donc essentiellement le corps et le sang 
de Christ ?

Non, mais comme dans le baptême, l'eau n'est pas changée en sang de Christ, ou ne devient pas la purification même des péchés, mais en est seulement un signe et un gage divins (Mt 26.29; Mc 14.24), de même dans la cène le pain sacré ne devient pas le corps même de Christ (1 Co 10.16ss.; 11.26-28), bien que, suivant la nature et l'usage des sacrements (Gn 17.10ss.; 14.19; Ex 12.27, 43, 48; Tt 3.5; 1 P 3.21; 1 Co 10.1-4), il soit appelé le corps de Christ.

Q. 79 : Pourquoi alors Christ appelle-t-il le pain son corps, et la coupe son sang ou 
la nouvelle alliance en son sang, et saint Paul parle-t-il de la communion au corps et
au sang de Jésus-Christ ?

Christ ne parle pas ainsi sans grande raison: par là il veut nous enseigner non seulement que, comme le pain et le vin entretiennent la vie présente, de même son corps crucifié et son sang versé sont la vraie nourriture et le vrai breuvage de nos âmes pour la vie éternelle (Jn 6.51, 55); mais bien plus il veut nous assurer par ce signe et gage visible que nous sommes faits participants de son vrai corps et de son vrai sang par l'action du Saint-Esprit, aussi véritablement que nous recevons par la bouche du corps ces signes sacrés en mémoire de lui (1 Co 10.16-17); et enfin qu'ainsi toute sa passion et son obéissance nous appartiennent aussi certainement que si nous avions souffert et satisfait nous-mêmes pour nos péchés.

Q. 80 : Quelle différence y a-t-il entre la cène du Seigneur et la messe papale ?

La cène nous atteste que nous avons rémission entière de tous nos péchés par l'unique sacrifice de Jésus-Christ, qu'il a lui-même accompli une fois pour toutes sur la croix (Hé 7.26; 9.12, 25-28; 10.10, 12-14; Jn 19.30; Mt 26.28; Luc 22.19ss.), et que par le Saint-Esprit nous sommes incorporés à Christ (1 Co 6.17; 10.16), qui se trouve maintenant, avec son vrai corps, au ciel à la droite du Père (Hé 1.3; 8.1ss.) et veut y être adoré (Jn 4.21-24; 20.17; Lc 24.52; Ac 7.55-56; Col 3.1; Ph 3.20ss.; 1 Th 1.10). La messe, en revanche, enseigne que les vivants et les morts n'ont la rémission des péchés par la passion de Christ que si Christ est en outre quotidiennement sacrifié pour eux par des prêtres qui célèbrent les messes; de plus elle enseigne que Christ se trouve corporellement sous les espèces du pain et du vin et que, par conséquent, il doit y être adoré. Ainsi la messe n'est au fond rien d'autre qu'une négation de l'unique sacrifice et passion de Jésus-Christ (Hé 9.6-10; 10.19-31) et qu'une maudite idolâtrie.

Q. 81 : Quels sont ceux qui doivent venir à la table du Seigneur ?

Ceux qui se déplaisent à eux-mêmes à cause de leurs péchés, qui croient pourtant que ceux-ci leur sont pardonnés et que la faiblesse qui reste en eux est couverte par la passion et la mort de Christ, et qui désirent aussi affermir de plus en plus leur foi et améliorer leur vie. Mais les impénitents et les hypocrites mangent et boivent leur propre condamnation (1 Co 10.19-21; 11.28ss.).

Q. 82 : Faut-il aussi admettre à la cène ceux qui par leur confession et leur vie se 
montrent incrédules et impies ?

Non, car ainsi l'alliance de Dieu est profanée et sa colère excitée contre toute la communauté (1 Co 11.20, 34; Es 1.11-15; 66.3; Jr 7.21-23; Ps 50.16-23). C'est pourquoi, suivant l'ordonnance de Christ et de ses apôtres, l'Église est tenue d'exclure ces incrédules et ces impies par le ministère des clefs jusqu'à ce qu'ils améliorent leur vie.

Q. 83 : Qu'est-ce que le ministère des clefs ?

C'est la prédication du saint Évangile et la discipline ecclésiastique. Par ces deux moyens, le Royaume des cieux est ouvert aux croyants et fermé aux incrédules (Mt 16.18ss.; 18.15- 18).

Q. 84 : Comment le Royaume des cieux est-il ouvert et fermé par la prédication 
du saint Évangile ?

En annonçant et en attestant publiquement, selon l'ordre de Christ, à tous les fidèles en général et à chacun en particulier que toutes les fois qu'ils embrassent la promesse de l'Évangile par une vraie foi, tous leurs péchés leur sont véritablement pardonnés par Dieu à cause du mérite de Christ. Et au contraire en annonçant et en attestant publiquement aux incrédules et aux hypocrites que la colère de Dieu et la réprobation éternelle pèsent sur eux tant qu'ils ne se convertissent pas (Jn 20.21-23; Mt 16.19). Suivant ce témoignage de l'Évangile Dieu jugera aussi bien dans cette vie que dans celle à venir.

Q. 85 : Comment le Royaume des cieux est-il ouvert et fermé par la discipline 
ecclésiastique ?

En dénonçant, suivant l'ordre de Christ, à l'Église ou à ceux qu'elle a établis pour cela, ceux qui sous couvert du nom de chrétiens enseignent ou se conduisent d'une manière qui n'est pas chrétienne et qui en dépit de plusieurs avertissements fraternels ne renoncent pas à leurs erreurs ou à leurs vices. S'ils ne se rendent pas à l'exhortation de l'Église ou de ses ministres, ils sont exclus par ces derniers de la communauté chrétienne au moyen de l'interdiction des saints sacrements et par Dieu lui-même du Royaume du Christ. Ils sont reçus à nouveau comme membres de Christ et de l'Église s'ils promettent et manifestent qu'ils vont véritablement s'amender (Mt 18.15-18; 1 Co 5.2-5; 2 Th 3.14ss.; 2 Jn 10ss.).

 

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